Pourquoi le chiffon ?
Tout simplement parce que loin de s'en douter, à la filature, les tisserands ont considérablement préparé le travail du papetier. En effet, les meilleures fibres des plantes en question ont été sélectionnées pour tisser divers vêtements et linges. Il suffit donc de récupérer ces chiffons, grâce aux chiffonniers, dont le travail principal était de collecter cette matière première pour la mettre à la disposition des moulins à papier.
De plus la plupart de ces tissus ont subi des lessives, des nettoyages, des traitements mécaniques et manuels qui ont rendu ces fibres plus souples, plus moelleuses, plus résistantes tout en éliminant celles qui ne l'étaient pas. Il s'est donc opéré une sorte de sélection des fibres avant leur arrivée au moulin.
Tout cela va rendre un grand service au papetier.
Une partie des "chiffons" du moulin, des draps, des serviettes, des chemises, des "petassous" (bouts de tissus)... mais aussi des jeans, de la toile de jute !
La préparation du chiffon
Dès lors que le chiffon arrive au moulin à papier, sa préparation peut commencer. Celle-ci se déroule en plusieurs étapes confiées à des ouvrières, les chiffonnières.
Le triage :
Les chiffons sont triés par fibres, par qualité (usés, fins, gros, neufs, résistance ...), par couleurs. Ce tri permettra au papetier de pouvoir les utiliser différemment suivant les productions souhaitées.
Le lissage :
Cette opération permet de supprimer tout corps étrangers tels que les boutons et les épingles trop dangereux pour les opérations suivantes, les coutures et ourlets trop épais qui iront constituer une catégorie particulière de matière première.
Le découpage :
A l'aide d'un banc sur lequel est fixée une lame de faux, un "derempoir" l'ouvrier ou l'ouvrière va trancher inlassablement le tissu en morceaux plus ou moins réguliers de quelques
centimètres.
On les appelle ici « les pétassous ». Ce sont eux qui seront plus tard broyés par la machine afin d'obtenir la pâte à papier.
Le pourrissage :
Une fois découpé, le chiffon est placé avec de l'eau dans des « pourrissoirs », vastes bacs en pierre dans lesquels « les pétassous » vont
se ramollir et s'attendrir durant plusieurs jours ou semaines. L'odeur qui se dégage alors est pestillentielle. On se situe entre l'oeuf et le chou pourri !!!
Aujourd'hui, je ne fais plus "pourrir" les pétassous, seulement pour certaines qualités, je les humidifient 2 ou 3 jours afin de les attendrir un peu, avant de les porter à la pile hollandaise .

