Avant d'entrer dans le moulin et de percer les secrets de la fabrication du papier, revenons quelques siècles en arrière avec la naissance de ce noble support d'écriture.


C'est à l'autre bout du monde, en Chine, il y a plus de 2000 ans que naquirent les premières feuilles de papier. La matière première essentielle à la fabrication du papier, exceptée l'eau, est la fibre végétale. Les premiers papetiers semblent avoir trouvés avec l'écorce de mûrier et le bambou, puis avec le chanvre, le lin et le coton les matériaux adaptés à la fabrication des précieuses feuilles.

 

Longtemps uniques détenteurs des secrets de fabrication du papier, les asiatiques perdirent leur « monopole » au VIIIe siècle suite à un conflit avec la civilisation arabe. Ces derniers récupérant «la recette» au contact de prisonniers chinois vont la diffuser progressivement dans tout le monde méditerranéen.
Il faut toutefois attendre les XIe et XIIe et surtout XIIIe siècles pour voir l'arrivée de la fabrication du papier en Europe.


En France, les premiers moulins à papier semblent être apparus au XIVe siècle. Ces papeteries, comme leurs homologues arabes, italiennes ou espagnoles travailleront à base de chiffons de chanvre, de lin et beaucoup plus tard de coton.

 

Dans notre petit village Périgourdin, les premiers moulins à papier sont apparus au XVe siècle.

Une légende, tenace, fait part de l'établissement d'un moulin à papier au début du XIVe siècle. Ce qui ferait certainement de Couze et Saint-Front le lieu d'implantation du plus ancien moulin à papier de France. Malheureusement aucun document ne vient confirmer cette légende ...
Par contre des feuilles de papier virent le jour au XVe siècle, ici, comme en attestent certains registres de seigneurie et quelques filigranes.

 

Au fil du temps, ce sont donc pas moins de 13 moulins à papier qui vont s'établir le long des derniers kilomètres de la Couze et notamment près de sa confluence avec la rivière Dordogne.
Une telle concentration de papeteries s'explique par différents facteurs. Tout d'abord, avec la Couze, les moulins disposent de la quantité d'eau nécessaire au bon fonctionnement des roues et machines du moulin. Mais cette eau entre également dans la composition de la pâte à papier. Elle en est un des principaux ingrédients.

Or si nombre de cours d'eau sont susceptibles d'accueillir des moulins, peu proposent des eaux aux propriétés favorables à la production d'un papier de qualité. En effet, la géologie locale confère à l'eau de la Couze une neutralité (PH neutre) qui va permettre d'obtenir un papier ayant une tenue et une résistance dans le temps exceptionnelles (500 ans minimum).
Enfin, au-delà de cet aspect essentiel que représente la qualité de l'eau, le site de Couze bénéficie de la proximité de la Dordogne, fleuve navigable, sur lequel, jusqu'à la fin du XIXe siècle , les gabares transportaient bois, charbon, vin et autres papiers vers Bordeaux.
Ainsi, tout ces atouts alliés au savoir-faire des papetiers, ont fait de Couze une place reconnue de la Papeterie dotée d'une solide réputation de qualité.